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Rebecca, Daphne du Maurier (1938)

Publié le par F.

Écrit en 1938 par l'auteure Daphne du Maurier et adapté au cinéma deux ans plus tard par Alfred Hitchcock, Rebecca, retraduit en 2015 par Anouk Neuhoff, distille une atmosphère inquiétante imprégnée d'une esthétique de l'énigme, entre roman gothique et roman policier.
Demoiselle de compagnie de Mme Van Hooper, la narratrice jeune et ingénue fait la connaissance à Monte-Carlo de Maxim de Winter, veuf depuis peu et propriétaire du célèbre manoir de Manderley en Angleterre. Bien que tout semble les opposer - origine sociale, capital culturel, tempérament, âge...- Maxim de Winter demandera la jeune femme en mariage et, après des noces discrètes en Italie, lui proposera de vivre à Manderley.
Le lecteur découvre alors, par le prisme de la narratrice, une propriété inquiétante. L'arrivée à Manderley par les allées serpentines sous les frondaisons obscures et tentaculaires se fait après la traversée d'un cours d'eau, symbolisant le passage d'un monde à l'autre, jusqu'au mur végétal rouge sang du manoir et l'accueil macabre de Mme Danvers à la silhouette décharnée amplifiant le malaise et l'inquiétude de la jeune narratrice.
Au fil des pages, l'atmosphère délétère s'intensifie par les confrontations avec Mme Danvers et la présence encore étouffante de Rebecca, la première épouse de Maxim de Winter, paraissant hanter Manderley. Et la narratrice, dont on ne saura pas le nom, semble être une invitée indésirable vouée à rester dans l'anonymat imposé par la présence encore prégnante de Rebecca incarnée par les objets et les écrits, et par le dévouement post-mortem de Mme Danvers.
L'atmosphère sépulcrale joue avec les nerfs d'une narratrice inexpérimentée, esseulée, dont les monologues intérieurs traduisent une lutte entre conjuration contre Rebecca, caractérisée par une beauté extraordinaire et dont la disparition mystérieuse et les sorties au clair de lune font écho à une allégeance satanique, et découverte du monde aristocratique. Le lecteur grapillera tout au long du récit les indices disséminés par l'écriture énigmatique de Daphne du Maurier dont le récit ponctué de mystères, d'interdits et de faux-semblant renforce le malaise et l'équivocité.
Avec la menace d'un orage sur le point d'éclater et la brume épaisse qui envahit l'espace, le dénouement du suspense psychologique libérera momentanément la tension dont le soubresaut final entretiendra le sinistre climax et prolongera l'inquiétude même après avoir refermé le livre.
Considéré comme le chef-d’œuvre de Daphne du Maurier, Rebecca, dans le sillage du roman gothique, est une œuvre hantée par la mort, la perversité, l'obsession et l'emprise. Servi par une écriture de l'énigme et des descriptions oppressantes, Rebecca, avec un Manderley tant magnifique qu'anxiogène, rappelant ainsi les inclinaisons psychologiques enfouies des personnages, met à jour les remous de la psyché qui formeront les jalons de l'apprentissage de la narratrice qui se libérera peu à peu de toute emprise.

 

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