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Vongozero, Yana Vagner (2011)

Publié le par F.

Vongozero, Yana Vagner (2011)

Dans un contexte d'écriture marqué par la crise sociale en Russie et les nombreuses alertes sanitaires dans le monde, Yana Vagner utilise dans son premier roman, intitulé Vongozero, le matériau de l'épidémie mortelle pour mettre en scène le délitement de la société russe et l'exode d'un petit groupe qui tentera d'échapper au fléau.

Spectateurs impuissants du blocage de Moscou mise en quarantaine, Anna et Sergueï assistent, depuis leur quartier de banlieue, à la propagation du virus, à la multiplication des victimes, à la prise en main par l'armée. Très vite rattrapés par une situation hors de contrôle entre violences civiles et exactions militaires, Anna et Sergueï, rejoints entre autres par leurs voisins, par Boris le père de Sergueï et par Irina, la première femme de Sergueï, prendront la décision de partir à plusieurs centaines de kilomètres au nord de Moscou pour rejoindre Vongozero, avec la promesse d'une cabane isolée sur une île.

Si le lecteur, habitué aux récits mettant en scène une pandémie ou l'effondrement de la société suite à une catastrophe (Le Fléau, S. King, Malevil et Les Hommes protégés, R. Merle, Les Retombées, J.P. Andrevon, Ravage, R. Barjavel, L'Autoroute sauvage, J. Verlanger, La Route, C. McCarthy...), retrouve les thématiques récurrentes du genre comme la disparition des réseaux de communication, la prise en main problématique par l'armée, la nouvelle organisation de la société en clans rivaux..., il n'en reste pas moins que le roman de Yana Vagner se distingue par le traitement en jeu de miroir narratif entre d'une part les violences extérieures au groupe et celles, intimes et silencieuses, à l'œuvre au sein du groupe, et d'autre part, entre le récit des événements et les monologues intérieurs d'Anna marqués en italique.

Entre expérience de la promiscuité et traversée angoissante des terres dévastées, le personnage principal d'Anna, sous les déclinaisons femme-compagne-fille-mère, se heurte à des tensions qui font de Vongozero un huis-clos psychologique, où sont malmenés les rapports humains, en même temps qu'une road story post-apocalyptique. Le lecteur, au milieu des divagations mentales d'Anna, à la limite parfois de la folie, remonte alors le territoire russe jusqu'en Carélie et traverse chaque village, tel un nouveau cercle de l'Enfer. Le récit, servi par la description de paysages ballardiens, fait perdre alors tous repères spatio-temporels et maintient une tension renforcée par les menaces invisibles et silencieuses de la maladie et des traquenards tendus tout au long de la route, jusqu'au dénouement qui n'apaisera pas pour autant le lecteur.

Par une écriture intime et réaliste, la catastrophe dans le roman de Yana Vagner se fait personnelle. Si Vongozero reprend le schéma classique du récit post-apocalyptique narrant le délitement sociétal, l'auteur a su, tout en questionnant les notions de d'humanité, de solidarité et de confort, plonger le lecteur dans un thriller psychologique efficace et effréné, faisant rimer promiscuité avec solitude, pandémie et exode avec tension individuelle. Ce dernier ne manquera pas de lire Le Lac du même auteur, faisant suite à Vongozero et publié chez Mirobole Editions.

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