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La Terre sauvage (anthologie), Julia Verlanger (2008)

Publié le par F.

La Terre sauvage (anthologie), Julia Verlanger (2008)

Cette anthologie, inaugurant la collection Les Trésors de la Science-fiction chez Bragelonne, présente trois romans et quatre nouvelles écrits par Julia Verlanger entre 1956 et 1979. Il est à noter que le volume présente une nouvelle inédite, Le Recommencement, et est enrichi de deux postfaces rédigées par Laurent Genefort («L'imaginaire marqué au fer rouge : Verlanger par ses pairs») et par Serge Perraud («Julia Verlanger : l'exploratrice des terres sauvages») revenant sur l'oeuvre dans son contexte et l'héritage littéraire légué par l'auteure disparue en 1985.

Les trois romans formant la trilogie de l'Autoroute (L'Autoroute sauvage, 1976, La Mort en billes, 1977, et L'Île brûlée, 1979) entrainent dès les premières lignes le lecteur dans un décor post-apocalyptique. Nous suivons les aventures d'un personnage solitaire, Gérald, se dirigeant vers le Sud de la France en suivant l'autoroute, vestige de la civilisation du siècle dernier disparue après le désastre d'une guerre bactériologique et l'épidémie de la peste bleue contaminant encore l'environnement.

L'individualisme est mis en avant comme condition de survie. L'autre est perçu comme vecteur macabre, soit sous la forme d'organisation sociale autoritariste et anthropophage, soit comme levier de transmission de la maladie mortelle qu'est la peste bleue. Le cannibalisme et la narration du personnage solitaire remettent en cause dès le début du roman la notion de civilisation. Et la civilisation est d'autant plus mise à mal que la transmission du savoir est précaire entre les générations.

Monde post-apocalyptique et survie du personnage face à des bandes affamées et / ou armées, les œuvres de Robert Merle, Malevil (1972), et de René Barjavel, Ravage (1943), forment autant d'échos à la lecture des aventures de Gérald évoluant dans un environnement marqué par la violence et la lutte de groupes aux organisations politiques variées (chef totalitaire et esclavagiste, fanatiques religieux...).

Le héros, entre toutes les robinsonnades, fera l'expérience de l'autre et appréhendera les débuts de la civilisation avec des groupes démocratiques retranchés sur certaines îles. L'île revient comme thème social et politique depuis les réflexions philosophiques dans Utopia de Thomas More (1516) ou le roman L'Île d'Aldous Huxley (1962) et permettra aux héros leur quête vers Paris afin d'éradiquer la peste bleue et de réinstaurer l'ordre social.

Il est intéressant de noter que la trilogie de Julia Verlanger ainsi que le nom de la maladie nous font penser à la novella de Jack London, La Peste écarlate (1912), où l'on retrouve aussi la difficile et problématique transmission du savoir, les sens aiguisés des nouvelles générations et la réflexion sur l'organisation sociale des groupes de survivants.

Mais si la trilogie de Julia Verlanger s'inscrit dans une histoire littéraire d'anticipation et les préoccupations de son époque (crise de la Guerre froide et course à l'armement), il est surtout important de souligner que son écriture s'attache surtout à distraire le lecteur. Les aventures s'enchainent, la narration est dynamique, trépidante et sans ambages. Le scénario recèle de nombreux rebondissements et les descriptions exotiques de l'environnement tiennent en haleine le lecteur sans jamais l'étouffer de leur longueur. En ce sens, la trilogie répond bien au projet d'écriture de Julia Verlanger attachée à associer lecture, plaisir et évasion.

Les nouvelles qui clôturent l'anthologie ne répondent pas à la même esthétique et sont imprégnées d'un pessimisme certain. Reprenant le contexte d'une catastrophe nucléaire, les quatre nouvelles (Les Bulles, Le Recommencement, Nous ne vieillirons pas et Les Derniers Jours) témoignent de la vanité de l'existence humaine. La folie des hommes y est dénoncée à travers la narration poétique et mélancolique de personnages enfants. L'innocence de l'enfant y est presque anonyme, comme dans La Route de Cormac McCarthy (2006) et fait figure d'allégorie dans un univers marqué par la nature sombre de l'humanité.

Les quatre nouvelles clôturant cette anthologie forment une ode pessimiste et mélancolique peu confiante en la nature humaine et propose une réflexion inquiète qui semble nier toute échappatoire.

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