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Les Enfants d'Icare, Arthur C. Clarke (1953)

Publié le par F.

Les Enfants d'Icare, Arthur C. Clarke (1953)

Publié la même année que Le Péril vient de la mer de John Wyndham (lire la chronique), Les Enfants d'Icare met également en scène une invasion extraterrestre sur Terre. Mais si Wyndham, à la manière de Wells, préparait dans un contexte hostile l'élimination de la race humaine, le roman d'Arthur C. Clarke, quant à lui, fait intervenir pacifiquement les extraterrestres bien que ces derniers positionnent leurs vaisseaux au-dessus de chaque métropole.

Le récit débute dans le contexte suspicieux d'une course aux étoiles où les programmes spatiaux américain et soviétique s'affrontent et s'espionnent. Cette concurrence dont la gravité des enjeux apparaît dès les premières lignes semblera vaine et futile avec l'arrivée ex abrupto des vaisseaux extraterrestres. Installés au-dessus des foyers de population, les extraterrestres annoncent par l'intermédiaire de Stormgren, secrétaire général de l'ONU et seul Terrien choisi pour être en contact avec les "Suzerains", venir en paix et vouloir faire cesser les conflits émaillant la vie sur Terre. Et l'avancée technologique ainsi que les attaques déjouées à leur encontre permettent aux Suzerains de réaliser leur objectif sans aucune démonstration de force. L'ingérence mesurée des extraterrestres et relayée par Stormgren apporte à la Terre une paix totale et une qualité de vie grandissante. Criminalité et famine disparaissent.

En ce sens, au sein des œuvres utilisant le matériau de l'invasion extraterrestre pendant la Guerre Froide, Les Enfants d'Icare se rapproche de l’œuvre cinématographique réalisée par Robert Wise, Le Jour où la Terre s'arrêta (1951), dans lequel les extraterrestres annoncent venir en paix et l'installer durablement sur Terre. Néanmoins, alors que les Terriens pouvaient dialoguer avec Klaatu, héros extraterrestre de Le Jour où la Terre s'arrêta, personne, ni même Stormgren, ne sait à quoi ressemblent Karellen et les Suzerains, ni l'objectif à moyen terme de leur présence aussi passive qu'imposante. Car bien que bienveillante a priori, des organisations et des ligues hostiles aux extraterrestres s'en inquiètent : "Les leçons de l'histoire n'étaient pas de nature à rassurer : en général, les contacts, si pacifiques fussent-ils, entre des races d'un niveau culturel très différent s'étaient soldés par l'élimination de la société la plus rétrograde. Les nations, comme les individus, risquent de perdre leur âme quand elles sont confrontées à un défi qu'elles ne peuvent relever. Et la civilisation des Suzerains, même sous ses voiles de mystère, constituait le plus grand défi qui se fût jamais posé à l'Homme." (chapitre 3). Et en effet, l'arrivée des extraterrestres remet en cause la foi et la vie religieuse sur Terre, l'utopie politique en place et la disparition des tensions s'accompagnent d'un appauvrissement de l'activité artistique et culturelle, la supériorité technologique des Suzerains décourage la recherche scientifique des Terriens. La place de l'homme dans l'univers et sur Terre souffre de la présence délétère des Suzerains.

Nous pouvons noter que cette notion d'humilité de la condition humaine se retrouve dans une autre œuvre d'Arthur C. Clarke et en constitue la principale matière. En effet, dans Rendez-vous avec Rama, l'homme sera renvoyé à son insignifiance par rapport aux dimensions et aux desseins fuyants de Rama. L'extraterrestre est de l'ordre de l'insaisissable, de l'ordre du divin et l'homme ramené à sa condition chtonienne.

Les ellipses narratives, déjà utilisées dans 2001, l'Odyssée de l'Espace, mettent en relief, tout en permettant de mieux appréhender les effets à long terme de l'arrivée des Suzerains, cette vanité de l'homme sans prise sur le déroulement de l'histoire. Les décennies se succèdent et les Suzerains, immuables et omniprésents, révéleront petit à petit la raison de leur présence et leur apparence. La fuite en avant du récit se fera intense et celle de l'homme inattendue. Véritable envolée poétique et cosmique, la fin de Les Enfants d'Icare fait écho au dénouement de 2001, l'Odyssée de l'Espace, et les deux œuvres se nourrissent et se répondent en une énergie intemporelle et eschatologique.

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