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La Peste écarlate, Jack London (1912)

Publié le par F.

La Peste écarlate, Jack London (1912)

Écrite en 1912, dans le contexte des effervescences nationalistes et du règne capitaliste, la nouvelle La Peste écarlate de Jack London utilise le matériau du fléau épidémique pour asseoir un discours politique et humaniste.

A San Francisco, comme dans le reste du monde, la maladie a tout ravagé, aussi bien la population que les fondements économiques de la société. L'épidémie mortelle a été fulgurante et s'est propagée depuis New York, ville surpeuplée et symbole de la puissance financière du début du XXe siècle. Et comme dans tout récit écofictionnel mettant en scène la fin de l'espèce humaine, nous retrouvons le renversement soudain et violent de l'ordre social et la destruction de la société positiviste. Comme dans Ravage (1943) de René Barjavel avec le point de rupture technologique ou encore Le Jour des Triffides (1951) de John Wyndham avec la vulnérabilité d'une population soudainement devenue aveugle, les scènes d'émeutes et d'exodes, la destruction des moyens de communication et de transports marquent la fin de la civilisation et de l'homme sociable.

La nature, foisonnante et sauvage, a repris ses droits et la société apparaît dès lors uniquement sous la forme de vestiges comme le chemin de fer dont la présence métaphorique encadre le récit. Les animaux sauvages se sont multipliés, réinstaurant ainsi la logique d'une chaîne alimentaire dans laquelle l'homme retrouve sa place de proie et de prédateur. Les hommes, issus des quelques survivants, sont vêtus de peaux de bêtes, armés d'arcs et de flèches et ont recouvré leur démarche et instincts primitifs. C'est dans ce nouveau tableau, soixante ans après la pandémie de 2013, que le personnage du vieillard, dernier survivant à avoir connu l'ancien monde, fera le récit de l'extinction de l'homme et de la civilisation.

Bien qu'inexpliqué dans le texte, ce fléau ne paraît pas de source divine. Les ravages de la maladie ne s'apparentent pas à un châtiment supérieur censé épargner quelques hommes vertueux préservant une morale spirituelle. En effet, banques et industries comme universités sont le théâtre de la propagation du virus et de violences. Le personnage du vieillard, ancien professeur de lettres à l'université, n'endossera pas non plus le rôle du pasteur dans la mesure où son discours sera sans cesse remis en question. La critique se situe davantage dans la dénonciation d'une société capitaliste parce que celle-ci a engendré et creusé les inégalités sociales et ainsi motivé les exactions des premiers pillards et meurtriers.

Cette vision pessimiste de l'homme, condamné à une lutte cyclique pour le pouvoir, se construit ainsi entre le témoignage de l'extinction d'une civilisation et la fragile transmission du savoir et de la mémoire collective. Cette notion, centrale dans l’œuvre, à travers les échanges difficiles entre le vieillard et ses petits-enfants, est mise en exergue par la rencontre avec le Chauffeur qui, par vengeance sociale, a asservi le personnage de Vesta, dont le nom n'est pas sans évoquer la pureté des prêtresses de l'antique déesse.

L'épidémie n'a pas instauré d'équilibre mais a redonné naissance au contraire au même rapport de force inique, selon un paradigme s'étant déplacé d'un système socio-économique à un obscurantisme superstitieux et violent. Dans ce sens, La Peste écarlate permet de s'interroger sur l'homme et sa sociabilisation en problématisant les notions de civilisation et du caractère sauvage à redéfinir entre ses acceptations tribale ou moderne.

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