Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Sara, Marion Zimmer Bradley (1990)

Publié le par F.

Sara, Marion Zimmer Bradley (1990)

De Marion Zimmer Bradley, le lecteur connaît surtout le Cycle d'Avalon, réécriture de la légende du Roi Arthur et des aventures des chevaliers de la Table Ronde dans lesquelles les femmes tiennent les premiers rôles dans une œuvre épique où les traditions ancestrales druidiques sont mises à mal par l'émergence de la religion chrétienne.

Dans son roman fantastique Sara (Witch Hill pour le titre original), l'héroïne éponyme perd dès les premières pages, dans un étrange concours de circonstances, l'ensemble de sa famille. Juste avant la mort violente et accidentelle de son père, Sara, âgée de 23 ans, prend alors connaissance de la prophétie familiale qui s'abat sur les jeunes femmes toutes les deux générations et la tradition de sorcellerie accompagnant leur lignée ; une malédiction dont le père de Sara avait pris soin de s'éloigner afin de protéger ses enfants.

L'héritage de la maison maudite ayant appartenu à la grand-tante à Arkham sur Witch Hill s'impose dès lors à Sara qui se retrouve seule, désespérée et démunie, et annonce l'enchaînement infernal des événements selon une destinée implacable.

L'arrivée de Sara à Arkham marque le passage dans un autre monde : Witch Hill n'est indiqué sur aucune carte, les routes y menant sont délabrées, une tempête diluvienne accueille la jeune héritière, aucun réseau de communication n'est disponible... Autant de faits qui participent d'un climax mêlant la terreur au fantastique. Le lecteur accompagne les égarements de l'héroïne prise dans l'étau de l'alcool et des questionnements au sujet de son équilibre mental, mis à mal par le choc émotionnel subi, par les forces obscures semblant imprégner la maison et les conversations avec les villageois voyant en elle la réincarnation de la Grande Prêtresse de l'Ancien Culte. Et les pratiquants de cet ancien rite entendent bien faire revenir la Grande Prêtresse dans le corps de Sara afin qu'elle recouvre toutes ses forces.

Le roman de Marion Zimmer Bradley et son fantastique horrifique peut évidemment nous rappeler Rosemary's Baby d'Ira Levin (1967) où le personnage de Rosemary s'installe dans un vieil immeuble inquiétant, cerclée de voisins aussi obséquieux que satanistes, où le personnage féminin se retrouve malmené entre paranoïa et persécution collective sur fond de messes noires, de sacrifices et de traditions ésotériques.

Dans Sara, aux interrogations du personnage au sujet de son état psychologique répondent les effets d'un cas de possession : la voix rauque et puissante de la Grande Prêtresse se fait entendre malgré Sara, les visions nocturnes reviennent et empêchent tout repos du personnage.

Bien que moins fascinant que le Cycle d'Avalon, Marion Zimmer Bradley nous offre cependant un roman utilisant habilement les matériaux de la sorcellerie et du fantastique, entre hommage à Lovecraft (comme l'indiquent les références au Nécronomicon et les lieux comme Arkham et l'Université de Miskatonic) et libération mitigée de la femme[-sorcière] de l'emprise masculine. La focalisation du récit permet de jouer sur l'ambiguïté entre psychose paranoïde et atmosphère malfaisante, entre héritage familial à la réputation satanique et histoire d'amour avec l'homme de science incarné par le personnage de Brian, entre pouvoirs de suggestion maléfique et usage de drogues et de plantes hallucinogènes...

La fin abrupte du roman ne doit pas dérouter le lecteur et souligne au contraire, par son caractère lapidaire, la dimension schizophrénique de Sara entre confession et résilience, l'instabilité du réel perçu et la persistance du doute.

Commenter cet article