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La Maison des feuilles, Mark Z. Danielewski (2000)

Publié le par F.

La Maison des feuilles, Mark Z. Danielewski (2000)

N'ouvrez pas ce livre. A moins de vouloir vous engluer dans une toile d'araignée s'étirant au fur et à mesure des pages.

Tout commence (?) avec Johnny Errand trouvant le manuscrit d'un vieil aveugle, dénommé Zampanò, mort après y avoir fait retranscrire ses réflexions au sujet d'un film documentaire, le Navidson Record. Ce film, réalisé par Will Navidson, célèbre photo-reporter, relate l'installation de la famille Navidson dans une maison récemment acquise en Virginie. Pour un nouveau départ, avec la mère de ses deux enfants, après une vie professionnelle l'ayant arraché trop souvent de l'ancien domicile familial.

Un nouveau départ sans problème, si ce n'est que dès les premiers jours une porte apparaît, derrière elle un étrange couloir qui se transformera en un long corridor donnant accès à un vertigineux escalier. Des salles apparaissent. Complètement vides. Complètement obscures. D'autres signes inquiétants se manifestent dans les parties habitées de la maison. Et après quelques mesures réalisées avec l'aide d'un ingénieur, naît l'évidence absurde que la maison est plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur.

Le Navidson Record retrace ainsi les étapes de ces découvertes et des différentes explorations du nouveau territoire aux dimensions sans cesse variables que recèle la maison.

Et c'est ainsi que Johnny Errand annotera le manuscrit rassemblant les pensées de Zampanò, ses recherches et les différents témoignages collectés auprès de spécialistes de diverses branches et des personnes ayant assisté de près ou de loin aux investigations.

Les différentes strates de points de vue, auxquels s'ajoutent les notes de l'éditeur, se superposent, s'enrichissent, se contredisent, et le lecteur, par son expérience de La Maison des feuilles, se retrouve pris dans un labyrinthe où la dimension incertaine de l'espace exploré et de l'espace lu fait écho à la dimension psychologique des différents personnages. Et cet ouvrage nous offre une expérience de lecture sans cesse renouvelée où le sens et la logique se construisent à force de manipulations de l'objet-livre.

De la même manière que les personnages perdent tout sens d'orientation dans les ténèbres de la maison, nous perdons tout repère dans l'enchevêtrement des notes, la déstructuration des pages, la chronologie bouleversée. Au lecteur de retrouver le(s) fil(s) d'Ariane, que ce soit en accompagnant les explorateurs dans le labyrinthe souterrain ou les égarements de Johnny Errand. Nous pénétrons dans l'enfer de l'esprit humain et sommes presque invités à annoter nous-mêmes le livre que nous tenons entre les mains.

Expérience troublante de lecture, à la fois mentale et physique, cette œuvre tissée, dense et protéenne, annoncée dès la première de couverture par l'illustration fractale de l'escalier ou l'écriture hypertextuelle du terme "maison", manipule et perd le lecteur dans la quête d'un sens qui trouvera peut-être ses fondements dans les commentaires homériques d'un vieil aveugle analysant un document vidéo, dans la catabase d'un Johnny Errand troublé par l'absence d'une mère psychotique, dans les nombreuses références culturelles jalonnant l'ouvrage, dans le journal des trois colons du XVIIe siècle partis chasser sur le territoire de la future maison...

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